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CAP Petite Enfance Pratique

Hyperthermie chez l'enfant : gestion de la fièvre pour le CAP AEPE

Aurélie Bellêtre Experte CAP AEPE
Professionnelle de la petite enfance prenant la température d'un nourrisson en crèche avec un thermomètre électronique

C’est un scénario que tout professionnel de la petite enfance rencontre tôt ou tard. Un enfant de 22 mois est agité depuis le matin, il refuse son goûter, il est rouge et chaud au toucher. Tu prends sa température : 39,1 °C. Les parents ne seront là que dans deux heures.

Qu’est-ce que tu fais, dans quel ordre, et qu’est-ce que tu ne fais surtout pas ?

L’hyperthermie est l’un des thèmes EP1 où les candidates perdent des points non pas par ignorance, mais par confusion dans l’ordre des gestes. Ce guide t’explique tout dans l’ordre.

Définition et seuils : ce que le jury attend

On parle de fièvre dès que la température corporelle dépasse 38 °C chez un enfant au repos, normalement vêtu. La température normale du corps varie entre 36,5 °C et 37,5 °C le matin, et peut atteindre 37,8 °C en fin de journée, ce qui est physiologique.

Trois seuils, trois situations différentes :

  • 38 °C : c’est la définition de la fièvre
  • 38,5 °C : c’est le seuil à partir duquel on envisage un traitement médicamenteux
  • 40 °C : c’est le seuil d’hyperthermie grave qui impose une consultation urgente

Bon à savoir : L’objectif du traitement n’est pas de ramener la température à 37 °C pile. C’est de soulager l’enfant. Un enfant qui a 38,8 °C, qui joue, mange et boit normalement, n’a pas besoin de médicament. Le critère, c’est l’inconfort, pas le chiffre seul.

Mesurer la température : quelle méthode selon l’âge

Avant de prendre une décision, encore faut-il avoir une mesure fiable. Il existe quatre voies de mesure, et elles ne sont pas toutes adaptées à tous les âges.

La voie rectale : la référence chez le nourrisson

C’est la méthode la plus précise. Elle ne nécessite aucune correction de la valeur affichée. C’est celle qu’on privilégie chez le nourrisson et le jeune enfant dans un contexte professionnel.

La voie axillaire : pratique, mais à corriger

On mesure sous le bras. Elle est possible à tout âge mais moins précise. Pour obtenir une estimation fiable de la température corporelle réelle, il faut ajouter 0,6 °C au résultat affiché par le thermomètre.

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Conseil : Si tu obtiens 38,2 °C en axillaire, la température rectale estimée est de 38,8 °C. Ce détail change souvent la conduite à tenir.

La voie tympanique (auriculaire) : à éviter avant 2 ans

Le thermomètre auriculaire mesure la chaleur dans le conduit auditif. Il est pratique et rapide, mais déconseillé avant 2 ans : le conduit auditif du nourrisson est trop court et trop étroit, ce qui fausse souvent la mesure. À partir de 2 ans, il donne des résultats satisfaisants.

La voie buccale : pour les enfants de plus de 5 ans

Elle nécessite la coopération de l’enfant. On ajoute 0,5 °C à la valeur affichée. Peu utilisée en structure de petite enfance.

Les thermomètres à mercure sont interdits en France. On utilise uniquement des thermomètres électroniques.

Conduite à tenir : les mesures physiques d’abord

Avant tout médicament, il y a des gestes simples et concrets qui permettent souvent de faire baisser l’inconfort rapidement. Et pourtant, c’est l’étape que les candidates oublient le plus souvent à l’oral.

Déshabiller l’enfant. Retirer les couches de vêtements en excès. Un enfant trop emmitouflé conserve sa chaleur, c’est exactement l’inverse de ce qu’on cherche. On ne le déshabille pas pour qu’il ait froid, on le déshabille pour laisser la chaleur se dissiper.

Hydrater régulièrement. La fièvre fait transpirer et accélère la perte hydrique. Proposer de l’eau à intervalles réguliers, même en petites quantités si l’enfant refuse. Une déshydratation peut aggraver rapidement l’état d’un jeune enfant, c’est un risque sous-estimé.

Maintenir une température ambiante autour de 19-20 °C. Une pièce surchauffée aggrave l’inconfort. Aérer si nécessaire.

Bon à savoir : Le bain tiède n’est plus recommandé. Les recommandations actuelles ont abandonné cette pratique car elle génère des frissons qui font remonter la température plutôt que la baisser. Pour le protocole complet du bain quotidien en dehors des épisodes fébriles, voir l’article bain du nourrisson.

Si ces mesures physiques ne suffisent pas, ou si la température dépasse 38,5 °C, on passe aux médicaments.

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Les médicaments : paracétamol, ibuprofène, aspirine

Paracétamol : le traitement de référence

C’est le médicament de première intention. La dose maximale est de 60 mg/kg/jour, répartie en 4 à 6 prises (soit environ 15 mg/kg toutes les 6 heures). Il peut être administré par voie orale (sirop, comprimé) ou rectale (suppositoire).

Ibuprofène : l’alternative à partir de 3 mois

L’ibuprofène peut être utilisé à partir de 3 mois selon son AMM, mais uniquement en deuxième intention, si le paracétamol est contre-indiqué ou mal toléré. L’ANSM a émis une alerte en décembre 2025 : l’ibuprofène est déconseillé en contexte infectieux (fièvre hivernale, ORL, varicelle) car il peut masquer une infection bactérienne grave. Il est absolument contre-indiqué en cas de varicelle (risque de fasciite nécrosante) et de déshydratation sévère.

Aspirine : absolument interdite chez l’enfant fébrile

L’aspirine ne doit jamais être administrée à un enfant sans avis médical. Le risque est le syndrome de Reye : une encéphalopathie hépatique grave, potentiellement mortelle. Cette contre-indication est absolue. Si tu trouves de l’aspirine dans l’armoire à pharmacie d’une famille et qu’on te demande de t’en servir, tu refuses et tu expliques pourquoi.

La règle des antipyrétiques

Un seul médicament à la fois. L’alternance entre paracétamol et ibuprofène est une idée répandue chez les parents, qui pensent bien faire en combinant. En pratique, ça n’améliore pas l’efficacité et ça augmente les risques d’erreur de dosage et d’effets indésirables. Les recommandations de la Sécurité sociale sont claires : un seul antipyrétique à la fois.

Signes d’alerte : quand appeler le 15

La plupart des fièvres sont banales. Mais certains signes imposent d’appeler le SAMU sans attendre.

Appeler le 15 immédiatement si :

  • L’enfant présente un purpura : des taches rouges ou violacées sur la peau qui ne disparaissent pas quand on appuie dessus avec un doigt ou un verre. C’est le signe d’une possible méningite à méningocoque, urgence vitale.
  • Une convulsion survient : mettre en PLS, ne pas bloquer les mouvements (risque de fracture), ne rien mettre dans la bouche, chronométrer. Appeler le 15 si la crise dure plus de 15 minutes, si l’enfant a moins de 1 an, si les crises se répètent ou si des signes graves sont associés. Pour une convulsion simple (moins de 15 min, enfant de 6 mois à 5 ans, mouvements symétriques) : consulter le médecin dans la journée.
  • Le nourrisson a moins de 3 mois avec n’importe quel degré de fièvre.
  • La température dépasse 40 °C.
  • L’enfant présente une raideur de la nuque, des maux de tête intenses ou des vomissements répétés associés à la fièvre.
  • L’état général se dégrade rapidement : somnolence anormale, refus de boire, respiration difficile.

Conseil : Pour le test du purpura, explique-le aux parents : on appuie sur la tache avec le bout du doigt ou un verre transparent. Si la tache ne s’efface pas, on appelle le 15. C’est simple, rapide, et ça peut sauver une vie.

Consulter le médecin dans la journée si :

  • La fièvre dure depuis plus de 2-3 jours
  • La fièvre réapparaît après 24 heures sans fièvre
  • L’enfant a des antécédents de convulsions fébriles

Le rôle du professionnel AEPE en structure d’accueil

C’est souvent la question qui clôture le jury à l’oral. Le professionnel AEPE ne prescrit pas, ne décide pas seul du traitement.

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Concrètement, voici ce que tu fais :

  1. Tu mesures la température avec le bon matériel et tu notes l’heure et la valeur.
  2. Tu appliques les mesures physiques : déshabillage, hydratation.
  3. Tu informes les parents sans délai.
  4. Tu appliques le protocole de la structure (chaque crèche a un protocole fièvre).
  5. Tu alertes la responsable si la température monte, si un signe d’alerte apparaît ou si l’état de l’enfant se dégrade.

Bon à savoir : Dans certaines structures, un PAI (projet d’accueil individualisé) existe pour les enfants qui ont des traitements spécifiques ou des antécédents de convulsions fébriles. Ce document précise la conduite à tenir pour cet enfant en particulier. Le professionnel doit le connaître avant la situation d’urgence, pas pendant.

C’est un rôle d’observation, de transmission et de collaboration avec l’équipe, pas de prescription autonome.

Ce qu’il faut retenir

  • Fièvre dès 38 °C, traitement envisagé à partir de 38,5 °C, urgence au-delà de 40 °C
  • Voie rectale = la plus précise, voie axillaire = ajouter 0,6 °C, voie tympanique déconseillée avant 2 ans
  • Mesures physiques d’abord : déshabiller, hydrater, aérer
  • Paracétamol en première intention, ibuprofène à partir de 3 mois en 2e intention (déconseillé en contexte infectieux, ANSM 2025), aspirine jamais
  • Un seul médicament à la fois : l’alternance n’améliore rien
  • Urgences absolues : purpura, convulsion, moins de 3 mois fébrile, raideur de nuque
  • Rôle de l’AEPE : observer, mesurer, appliquer, transmettre, alerter

La fièvre est souvent le point de départ d’une situation d’urgence. Pour aller plus loin, l’article sur les gestes d’urgence et premiers secours couvre les convulsions fébriles, la RCP, l’étouffement et tous les protocoles que le jury peut te demander en situation d’urgence réelle.

Tester ses connaissances sur l’hyperthermie - QCM EP1

Foire aux questions

C'est quoi exactement l'hyperthermie chez l'enfant ?

L'hyperthermie désigne une élévation anormale de la température corporelle, appelée couramment fièvre. On parle de fièvre dès que la température dépasse 38 °C chez un enfant au repos, normalement vêtu. La température normale varie entre 36,5 °C et 37,5 °C le matin, et peut atteindre 37,8 °C le soir. Au-delà de 40 °C, on parle d'hyperthermie grave qui nécessite une consultation urgente.

Quelle méthode de mesure de la température est la plus fiable chez le nourrisson ?

La voie rectale est la plus précise pour le nourrisson : elle ne nécessite aucune correction de la valeur affichée. La voie axillaire (sous le bras) est moins précise : il faut ajouter 0,6 °C au résultat. La voie tympanique (auriculaire) est déconseillée avant 2 ans, le conduit auditif étant trop court pour une mesure fiable. Les thermomètres à mercure sont interdits en France.

Quel médicament donner en cas de fièvre chez l'enfant ?

Le paracétamol est le traitement de première intention. La dose maximale est de 60 mg/kg/jour, répartie en 4 à 6 prises. L'ibuprofène peut être utilisé à partir de 3 mois, en alternative au paracétamol uniquement. L'aspirine est absolument contre-indiquée chez l'enfant fébrile en raison du risque de syndrome de Reye. Il ne faut jamais alterner deux antipyrétiques : un seul médicament à la fois.

Quels signes doivent pousser à appeler le 15 en urgence chez un enfant fébrile ?

Appeler le 15 immédiatement si : purpura (taches qui ne s'effacent pas sous pression), raideur de la nuque, nourrisson de moins de 3 mois fébrile, température supérieure à 40 °C, ou état général qui se dégrade. Pour les convulsions fébriles : appeler le 15 si la crise dure plus de 15 minutes, si l'enfant a moins de 1 an, ou si les crises se répètent. Une convulsion simple (moins de 15 min, enfant de 6 mois à 5 ans) nécessite une consultation médicale dans la journée, pas forcément le 15.

Quel est le rôle du professionnel AEPE face à la fièvre d'un enfant en crèche ?

Le professionnel AEPE ne prescrit ni n'administre de médicaments de sa propre initiative. Concrètement, son rôle est : mesurer la température avec le bon matériel, appliquer les mesures physiques (déshabillage, hydratation, aération), informer immédiatement les parents, appliquer le protocole de la structure, et alerter la responsable si l'état de l'enfant se dégrade ou si un signe d'alerte apparaît. C'est un rôle d'observation et de transmission, pas de prescription.

Sources et references

  1. Comprendre et gérer la fièvre chez l'enfant - ameli.fr
  2. Que faire et quand consulter - ameli.fr
  3. Les médicaments en cas de fièvre chez l'enfant - ameli.fr

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