Gestes d'urgence chez l'enfant : protocoles et premiers secours CAP AEPE
C’est souvent en stage que ça arrive. Un enfant s’étouffe avec un morceau de pomme. Un nourrisson ne répond plus. Une chute au sol avec une plaie qui saigne abondamment. Dans ces moments-là, ce que tu connais sur le bout des doigts peut tout changer.
Les gestes d’urgence font partie des compétences attendues par le jury de l’EP1 du CAP AEPE. Ce n’est pas de la théorie pure : ce sont des protocoles précis, validés par les recommandations des professionnels de santé, que tout professionnel de la petite enfance doit être capable d’appliquer immédiatement.
Les numéros d’urgence : cinq chiffres à connaître par coeur
Avant tout geste, c’est la communication avec les secours qui organise l’intervention. Le jury peut te demander ces numéros de tête.
| Numéro | Service |
|---|---|
| 15 | SAMU (Service d’Aide Médicale Urgente) |
| 18 | Pompiers (SDIS) |
| 17 | Police ou gendarmerie |
| 112 | Numéro d’urgence européen unique |
| 114 | Urgences pour personnes sourdes ou malentendantes (SMS, tchat, visiophonie) |
Le 112 fonctionne dans toute l’Union européenne et redirige automatiquement vers le bon service. En France, en cas d’urgence médicale avec un enfant, le 15 reste le numéro direct du SAMU.
Bon à savoir : Lors de l’appel au 15, il faut donner : l’adresse précise (numéro, rue, ville, étage, code d’entrée), le numéro de téléphone depuis lequel on appelle, ce qui s’est passé, et l’état actuel de l’enfant (conscient ? respire-t-il ?). On ne raccroche pas en premier. Le régulateur peut guider les gestes en attendant l’arrivée des secours.
La RCP du nourrisson (moins de 1 an) : un protocole distinct
L’arrêt cardiaque du nourrisson est le plus souvent d’origine respiratoire. C’est pourquoi la réanimation débute par des insufflations, avant les compressions.
Etape par etape :
- Vérifier la réactivité (appeler l’enfant, stimuler doucement la plante des pieds)
- Appeler à l’aide ou faire appeler le 15
- Libérer les voies aériennes (légère extension de la tête, pas trop prononcée comme chez l’adulte)
- Vérifier la respiration (10 secondes maximum)
- Si pas de respiration : réaliser 5 insufflations initiales (bouche couvrant bouche ET nez du nourrisson)
- Enchaîner les cycles : 30 compressions / 2 insufflations
Pour les compressions : 2 doigts (index et majeur) posés au centre du thorax, juste sous la ligne des mamelons. On comprime d’environ 1/3 de l’épaisseur du thorax, à un rythme de 100 à 120 compressions par minute. Ce rythme correspond environ à la chanson “Staying Alive” des Bee Gees, souvent citée dans les formations.
Conseil : À l’oral, si le jury te demande comment vérifier que tes insufflations sont efficaces chez le nourrisson, la réponse est : observer le soulèvement visible du thorax. Si le thorax ne se soulève pas, vérifier le positionnement de la tête et reprendre.
La RCP de l’enfant (1 an à la puberté)
Le protocole est proche de celui du nourrisson, avec deux différences concrètes :
- Les compressions se réalisent avec 1 ou 2 mains posées sur le sternum (selon la taille de l’enfant), pas avec 2 doigts
- La tête est en légère extension, identique à la position adulte
Le reste est identique : 5 insufflations initiales, puis cycles de 30 compressions / 2 insufflations, rythme 100-120/min.
Bon à savoir : Le DEA (Défibrillateur Externe Automatisé) doit être utilisé dès qu’il est disponible, même chez le nourrisson. On utilise des électrodes pédiatriques en priorité. Si elles ne sont pas disponibles, les électrodes adultes peuvent être utilisées : une sur le devant du thorax, une dans le dos. Ne jamais retarder l’utilisation du DEA.
L’étouffement : deux protocoles selon l’âge
C’est le point qui génère le plus de confusions au QCM. La différence entre nourrisson et enfant est fondamentale.
Enfant de plus de 1 an
Si l’enfant ne peut plus tousser, ne peut plus parler ou pleurer, et que son visage bleuit : obstruction totale.
- Pencher l’enfant en avant (tête plus basse que le thorax)
- Donner 5 tapes vigoureuses dans le dos entre les omoplates avec le talon de la main
- Si inefficace : se positionner derrière l’enfant, réaliser 5 compressions abdominales (manoeuvre de Heimlich)
- Alterner 5 tapes / 5 compressions jusqu’à libération ou perte de connaissance
Attention : si l’enfant perd connaissance, l’allonger et débuter la RCP.
Nourrisson de moins de 1 an
La manoeuvre de Heimlich est contre-indiquée chez le nourrisson. Les compressions abdominales risquent de blesser les organes internes, non protégés par les côtes.
- Tenir le nourrisson face vers le bas sur l’avant-bras, la tête plus basse que le thorax
- Donner 5 tapes vigoureuses dans le dos entre les omoplates avec le talon de la main
- Si inefficace : retourner le nourrisson face vers le ciel sur l’avant-bras, réaliser 5 compressions thoraciques avec 2 doigts au centre du sternum
- Alterner 5 tapes / 5 compressions thoraciques jusqu’à libération
Conseil : La question piège à l’oral : “Que feriez-vous si l’enfant tousse fort ?” Si l’enfant tousse efficacement (toux forte, cri, pleur), ses voies aériennes ne sont pas totalement obstruées. On encourage la toux et on surveille, sans intervenir physiquement. On n’intervient qu’en cas d’aggravation.
La PLS : inconscient mais qui respire
La Position Latérale de Sécurité s’applique à tout enfant (ou adulte) inconscient qui respire.
Son objectif est de maintenir les voies aériennes libres en évitant deux risques : la langue qui tombe en arrière et obstrue le larynx, et les vomissements qui remonteraient vers les poumons.
Pour le nourrisson, on peut maintenir la PLS en le calant contre soi ou avec un linge roulé dans le dos. La PLS se maintient jusqu’à l’arrivée des secours.
On ne démarre pas la RCP sur un enfant en PLS qui respire. La RCP ne se fait que si la respiration est absente.
Les convulsions fébriles
Les convulsions fébriles touchent entre 2 et 5 % des enfants de 3 mois à 5 ans. Elles sont associées à une montée brutale de la température et durent en général moins de 5 minutes.
Conduite à tenir :
- Coucher l’enfant sur le côté (position de sécurité)
- Dégager l’espace autour de lui pour éviter les traumatismes
- Ne jamais mettre d’objet dans la bouche (cuillère, doigt, mouchoir) : risque de blessure, de fracture dentaire, d’obstruction
- Ne jamais maintenir l’enfant de force : risque de fracture ou de luxation
- Surveiller la durée de la convulsion
Appeler le 15 si :
- La convulsion dure plus de 5 minutes
- L’enfant a moins de 1 an
- C’est la première convulsion fébrile
- La convulsion se répète dans les 24 heures
- L’enfant ne revient pas à un état normal après la crise
Bon à savoir : Une convulsion fébrile simple (durée inférieure à 5 minutes, enfant entre 6 mois et 5 ans, sans déficit neurologique) est dans la grande majorité des cas sans conséquence. Le pronostic est bon. Ce qui compte pour le jury : la conduite à tenir immédiate et les critères d’appel au 15.
L’hémorragie
Devant une plaie qui saigne abondamment, le geste prioritaire est la compression directe. Pas de diagnostic, pas d’hésitation.
- Appuyer fermement sur la plaie avec un linge propre (compresse, tissu)
- Maintenir la pression sans relâcher jusqu’à l’arrivée des secours
- Si un corps étranger est incrusté dans la plaie : ne pas le retirer. Il tampon la plaie. Appuyer autour de lui.
Le garrot n’est utilisé qu’en dernier recours, si la compression directe est impossible (plaie dans un espace difficile d’accès) ou si elle reste inefficace malgré une pression maintenue.
La brûlure thermique
Eau chaude du robinet, vapeur, surface brûlante : les brûlures sont fréquentes chez les jeunes enfants, dont la peau est plus fine et plus sensible que celle de l’adulte.
Le geste d’urgence : eau froide, pas glacée, pendant 15 minutes minimum.
L’eau froide (environ 15 °C) limite les dégâts tissulaires en refroidissant la zone brûlée. Elle soulage aussi la douleur.
Ce qu’il ne faut jamais faire :
- Appliquer du beurre, de la crème, du dentifrice ou de l’huile : aggrave la brûlure et favorise l’infection
- Percer les cloques : elles protègent la peau sous-jacente contre les bactéries
- Utiliser de la glace : risque de gelure et aggravation des lésions
Après rinçage, couvrir la zone avec un linge propre et consulter un médecin pour évaluer la profondeur et l’étendue de la brûlure.
Conseil : À l’oral, si le jury décrit une scène de brûlure et te demande ce que tu ferais “en attendant l’ambulance”, la réponse commence toujours par : “Je maintiens le rinçage à l’eau froide. Je n’applique rien. Je couvre proprement.” Ces trois points suffisent pour montrer que tu maîtrises le geste.
Ce qu’il faut retenir
- 15 (SAMU), 18 (pompiers), 17 (police), 112 (Europe), 114 (sourds/muets)
- RCP nourrisson et enfant : 5 insufflations initiales, puis 30 compressions / 2 insufflations, 100-120/min
- Nourrisson : 2 doigts au centre du thorax, 1/3 d’épaisseur
- Étouffement nourrisson : face vers le bas, 5 tapes dos, 5 compressions thoraciques. Jamais Heimlich.
- Étouffement enfant : 5 tapes dos, puis Heimlich si inefficace
- Toux efficace : encourager, ne pas intervenir
- Inconscient qui respire : PLS jusqu’aux secours
- Convulsion fébrile : côté, dégager, pas d’objet en bouche, appeler le 15 si durée supérieure à 5 min
- Hémorragie : compression directe, ne pas retirer un corps étranger incrusté
- Brûlure : eau froide 15 min, pas de corps gras, pas de glace, ne pas percer les cloques
Tester ses connaissances sur ce thème : QCM Gestes d’urgence EP1
Foire aux questions
Comment réaliser la RCP sur un nourrisson de moins de 1 an ? ▼
On commence par 5 insufflations initiales (bouche à bouche-nez), puis on enchaîne les cycles de 30 compressions thoraciques (2 doigts au centre du thorax, appui sur 1/3 de l'épaisseur) pour 2 insufflations, à un rythme de 100 à 120 compressions par minute. On appelle le 15 ou on fait appeler pendant qu'on réalise la RCP.
Quelle est la différence entre la conduite à tenir devant un étouffement de nourrisson et d'enfant ? ▼
Pour un enfant de plus de 1 an : 5 tapes dans le dos (enfant penché en avant), puis 5 compressions abdominales Heimlich si inefficace. Pour un nourrisson de moins de 1 an : face vers le bas sur l'avant-bras (tête plus basse), 5 tapes dans le dos, puis retournement et 5 compressions thoraciques. La manoeuvre de Heimlich est contre-indiquée avant 1 an.
Que faire lors d'une convulsion fébrile chez un enfant ? ▼
Coucher l'enfant sur le côté, dégager l'espace autour de lui pour éviter les traumatismes. Ne jamais mettre d'objet dans la bouche. Ne jamais maintenir l'enfant de force. Appeler le 15 si la convulsion dure plus de 5 minutes, si l'enfant a moins de 1 an, si c'est la première fois, ou si la convulsion se répète.
Comment gérer une hémorragie chez un enfant en attendant les secours ? ▼
Comprimer directement la plaie avec un linge propre et maintenir la pression sans relâcher. Si un corps étranger est incrusté dans la plaie, ne pas le retirer : il joue un rôle de tampon. Appuyer autour de lui. Le garrot n'est utilisé qu'en dernier recours si la compression directe est impossible.
Quels numéros d'urgence faut-il connaître pour le CAP AEPE ? ▼
15 (SAMU, urgences médicales), 18 (pompiers), 17 (police), 112 (numéro européen unique, fonctionne dans toute l'UE), 114 (numéro dédié aux personnes sourdes ou malentendantes), 119 (Allo Enfance en Danger, signalement maltraitance). Lors de l'appel, donner l'adresse précise, le numéro de rappel et l'état de l'enfant.