C - Le travail et les risques
La démarche de prévention
Tu changes un enfant. Le plan est trop bas, tu es penchée depuis le matin. Ce jour-là, rien. Un autre jour, l’enfant se retourne, tu le rattrapes d’un geste vif, et ton dos lâche. Cette leçon t’apprend à voir venir ce genre d’histoire, avec les mots qu’attend le correcteur.
💡 Pour l’examen : c’est la question la mieux payée. La deuxième partie de l’épreuve vaut 8 points sur 20, dont 5 pour l’analyse d’une situation de travail.
Les consignes de sécurité, ton point de départ
Une consigne de sécurité est une instruction donnée par l’employeur. Elle dit comment faire une tâche sans se blesser et sans blesser les autres. Tu la trouves affichée près du poste, dans les protocoles, ou expliquée le jour de ton arrivée.
Le Code du travail répartit les rôles. L’employeur doit donner les instructions appropriées aux travailleurs. Toi, tu dois prendre soin de ta santé et de ta sécurité, et de celles des personnes concernées par tes gestes, selon ta formation et tes possibilités. Attention : respecter une consigne ne fait pas basculer la responsabilité sur toi. Le Code le précise, celle de l’employeur reste entière.
Décortiquer une activité de travail
Avant de chercher un risque, on regarde le travail réel. Pas celui de la fiche de poste : celui que tu fais vraiment, avec le matériel dont tu disposes et dans le temps qu’on te laisse.
Trois outils circulent en PSE, et un seul suffit. Le 5M classe les causes en cinq familles : main d’oeuvre, matériel, milieu, méthode, matière. Le QQOQCP fait le tour par six questions : qui, quoi, où, quand, comment, pourquoi. Le troisième, ITAMaMi, est le plus simple à retenir. C’est celui qu’on utilise ici.
| Lettre | Composante | Ce que tu observes |
|---|---|---|
| I | Individu | Qui fait le travail : taille, ancienneté, formation, fatigue, santé |
| T | Tâche | Ce qu’elle fait vraiment : les gestes, leur nombre, le rythme imposé |
| Ma | Matériel | Ce qu’elle utilise : mobilier, produits, appareils, jouets |
| Mi | Milieu | L’endroit et ses conditions : espace, sol, bruit, température |
Une fois les quatre cases remplies, les dangers sautent aux yeux : l’outil oblige à regarder ce qu’on ne regarde plus.
Les quatre maillons qui mènent au dommage
C’est le coeur de la leçon, et les mots comptent. L’examen vérifie que tu ne les mélanges pas.
| Maillon | Définition | Exemple en crèche |
|---|---|---|
| Danger | Cause capable de provoquer une lésion ou une atteinte à la santé | La manutention manuelle : porter et retenir une charge avec son corps |
| Personne exposée | Celle qui se trouve dans la zone où le danger agit | Toi, en entrant dans la salle de change |
| Situation dangereuse | Situation où une personne est exposée à un ou plusieurs dangers | Tu portes l’enfant, penchée en avant |
| Événement dangereux | Événement susceptible de causer un dommage, soudain ou étalé dans le temps | L’enfant se retourne et tu le rattrapes d’un geste vif |
| Dommage | Lésion ou atteinte à la santé | Une lombalgie aiguë, autrement dit un lumbago |
Et le risque ? Ce n’est pas un maillon. C’est une mesure : la combinaison de la probabilité qu’un dommage survienne et de la gravité de ses conséquences. Un danger existe ou n’existe pas. Un risque, lui, est faible ou élevé.
Deux mécanismes conduisent au dommage. Dans le mécanisme accidentel, il faut qu’un événement survienne, et le dommage est une lésion : une chute, une brûlure. Dans le mécanisme chronique, l’exposition répétée ou prolongée suffit, et le dommage est une maladie : une surdité due au bruit.
💡 Mnémo : le danger existe même quand la pièce est vide. La situation dangereuse commence quand tu entres dedans.
Choisir la bonne mesure, dans le bon ordre
Une fois le risque repéré, on ne prend pas la mesure la plus facile. On cherche la plus haute possible.
- Supprimer le danger ou réduire sa nocivité. Toujours la première piste, même si elle n’est pas toujours possible.
- Protection collective. Elle protège tout le monde à la fois, sans que personne ait à y penser. Elle s’impose dès que la suppression n’a pas suffi.
- Protection individuelle. Ce sont les EPI, les équipements de protection individuelle : gants, chaussures, masque. Un complément, quand les deux premières n’ont pas assez réduit le risque.
- Mesures complémentaires : former, informer, afficher une consigne. Elles accompagnent les trois autres, jamais elles ne les remplacent.
Cet ordre n’est pas une opinion. Le Code du travail fixe neuf principes généraux de prévention, numérotés, que l’employeur doit suivre :
- Éviter les risques.
- Évaluer ceux qui ne peuvent pas être évités.
- Combattre les risques à la source.
- Adapter le travail à l’homme.
- Tenir compte de l’évolution de la technique.
- Remplacer ce qui est dangereux par ce qui l’est moins.
- Planifier la prévention.
- Donner la priorité à la protection collective sur la protection individuelle.
- Donner les instructions appropriées aux travailleurs.
Le huitième est celui qui tombe le plus souvent.
Le document unique, la preuve écrite
L’employeur évalue les risques de sa structure et transcrit le résultat dans le document unique d’évaluation des risques professionnels, souvent abrégé en DUERP. Il contient un inventaire des risques repérés dans chaque unité de travail, c’est-à-dire dans chaque endroit où l’on fait un même type de travail : la section des bébés, la cuisine, la lingerie, la cour.
Trois points à retenir :
- L’obligation pèse sur l’employeur, jamais sur toi.
- La mise à jour se fait au moins une fois par an dans les entreprises d’au moins onze salariés, à chaque aménagement important, et dès qu’une information nouvelle arrive.
- Il est tenu à la disposition des travailleurs. Tu peux le demander et le lire.
Le comité social et économique, le service de prévention et de santé au travail et le salarié compétent en prévention contribuent à cette évaluation. Leurs rôles sont détaillés dans les acteurs de la prévention au travail.
On déroule un cas complet : le change sur un plan trop bas
L’activité, analysée avec ITAMaMi
- Individu : toi, en fin de journée, au huitième change.
- Tâche : soulever un enfant de dix kilos, le maintenir, le nettoyer, le rhabiller, le redescendre.
- Matériel : un plan de change fixe et bas, sans escalier.
- Milieu : une salle étroite, un sol parfois mouillé, du bruit.
La mise en relation des éléments d’apparition du dommage
Le danger est la manutention manuelle. La personne exposée, c’est toi. La situation dangereuse, c’est le portage répété avec le dos penché en avant. L’événement dangereux, c’est le mouvement brusque de l’enfant que tu rattrapes. Le dommage, c’est la lombalgie aiguë. Le risque est élevé, parce que la situation se répète chaque jour.
Les mesures, dans l’ordre
- Supprimer le danger : un plan de change avec un escalier escamotable, pour que l’enfant qui marche monte seul. Plus de portage, plus de danger.
- Protection collective : un plan à bonne hauteur, avec une barrière, et le nécessaire rangé à portée de main.
- Protection individuelle : ici, elle n’apporte presque rien. C’est le signe que la vraie solution est plus haut dans la liste.
- Mesures complémentaires : une formation aux gestes et postures, et une consigne rappelant de ne jamais laisser un enfant seul sur le plan.
Le geste du change est détaillé dans la leçon EP1 sur le change. Les atteintes du dos sont traitées dans le dos, les gestes et les TMS.
Ton rôle en tant qu’AEPE
- Lis les consignes et les protocoles avant tout geste nouveau, plutôt que de copier la collègue d’à côté.
- Signale ce qui cloche : matériel cassé, sol glissant, rangement trop haut. Fais-le noter à l’écrit.
- Alerte immédiatement ton employeur si tu as un motif raisonnable de penser qu’une situation présente un danger grave et imminent pour ta vie ou ta santé. Le Code du travail te permet alors de te retirer.
- Demande à consulter le document unique. Il dit ce que ton employeur a déjà repéré.
- Propose la mesure la plus haute possible. La meilleure coûte souvent peu : un escalier de change, une étagère abaissée.
Teste tes connaissances avec le QCM sur la démarche de prévention.
Ce qu’il ne faut PAS confondre à l’examen
| ❌ Erreur fréquente | ✅ Ce qui est juste |
|---|---|
| ”Danger et risque, c’est pareil” | Le danger est la cause. Le risque combine la probabilité d’un dommage et la gravité de ses conséquences |
| ”La situation dangereuse, c’est le moment de l’accident” | C’est le moment où tu es exposée au danger. L’accident, c’est l’événement dangereux |
| ”Le dommage, c’est ce qui risque d’arriver” | Le dommage est la lésion ou l’atteinte à la santé réellement subie |
| ”Des gants et des chaussures, ça suffit” | La protection collective passe avant l’individuelle, qui n’est qu’un complément |
| ”Le document unique, c’est à moi de le remplir” | C’est l’employeur qui le rédige et le met à jour. Toi, tu le consultes |
Sources officielles
- Code du travail, article L4121-2, les neuf principes généraux de prévention, version LEGIARTI000033019913 : legifrance.gouv.fr
- Code du travail, article L4121-3, évaluation des risques, version LEGIARTI000043893923 : legifrance.gouv.fr
- Code du travail, article L4121-3-1, contenu du document unique, version LEGIARTI000043893919 : legifrance.gouv.fr
- Code du travail, article R4121-1, transcription et inventaire par unité de travail, version LEGIARTI000023795562 : legifrance.gouv.fr
- Code du travail, article R4121-2, mise à jour du document unique, version LEGIARTI000045386446 : legifrance.gouv.fr
- Code du travail, article L4122-1, obligations du salarié, version LEGIARTI000006903153 : legifrance.gouv.fr
- Code du travail, article L4131-1, alerte et droit de retrait, version LEGIARTI000006903155 : legifrance.gouv.fr
- INRS, brochure ED 4466, TutoPrév’ pédagogie Aide à la personne : apparition du dommage et familles de mesures. Référentiel INRS, pas un texte réglementaire : inrs.fr
- Éduscol, programme de prévention santé environnement en CAP, module C3 : eduscol.education.gouv.fr
Avez-vous bien compris ?
1/4Dans le schéma d'apparition du dommage, qu'est-ce qu'un danger ?
QCM - La démarche de prévention
Questions à choix multiples + Vrai/Faux pour valider vos connaissances